Mathieu Schaer a vite su qu’il souhaitait devenir snowboardeur professionnel. À 15 ans déjà, il signait son premier contrat de sponsoring avec une grande marque de sports d’hiver, avant de participer à des compétitions nationales et internationales. Il s’est ensuite tourné vers le freeride, a trouvé d’autres sponsors et, vers l’âge de 20 ans, a atteint le sommet de sa carrière avec un premier film réalisé par la société de production internationale Absinthe Films.
«Je suis devenu un grand nom du snowboard et j’ai pu en vivre», se souvient le Genevois lors d’une interview accordée à 20 Minutes. Ce qui l’enthousiasmait vraiment dans le freeride, ce n’était pas tant l’attention qu’on lui portait, mais le fait que ce soit «la liberté à l’état pur». «Sur le terrain, il n’y a pas de règles», explique-t-il.
Le visage derrière les prévisions météorologiques
Désormais âgé de 35 ans et père d’une fillette de deux ans, Mathieu Schaer entame sa dernière année en tant que snowboardeur professionnel. Du lundi au vendredi, en revanche, il travaille comme data scientist et développeur de logiciels chez MétéoSuisse. Ses modèles sont à l’origine des prévisions météorologiques consultées quotidiennement par des millions d’Helvètes via l’application et le site web de MétéoSuisse.
Si Mathieu Schaer œuvre en coulisses, il est conscient que son «travail influence la vie de millions de personnes». Lui-même était dépendant des données météorologiques lorsqu’il était en tournage dans les montagnes. Pour réaliser de bonnes descentes, les conditions d’enneigement devaient être optimales, et, pour obtenir de belles images, il fallait du soleil.
De la neige à l’université
Aujourd’hui encore, Mathieu Schaer continue à passer tous ses week-ends à la montagne, même si, depuis l’apogée de sa carrière, quelque chose a progressivement changé.
Il cherchait à relever un défi intellectuel loin des pistes enneigées. Son frère lui a prêté des livres, notamment ceux du philosophe et agriculteur Pierre Rabhi. Il a alors commencé à s’intéresser à ce que l’on pourrait qualifier d’une vie simple, plus en harmonie avec la nature.
Il a accompagné son frère, géographe, à des conférences, a discuté avec lui pendant des heures et a rapidement commencé des études en sciences de l’environnement.
Du snowboard respectueux de l’environnement
Bien que Mathieu Schaer soit resté fidèle au snowboard, ses années à l’université ont également eu des répercussions sur sa passion. Il a eu par deux fois (2011 et 2019) les honneurs de la couverture du magazine suisse de snowboard «Whiteout». «Les couvertures se ressemblent, a-t-il expliqué lors d’une conférence à l’EPFL. La grande différence réside cependant dans la manière dont les photos ont été prises.»
Pour le saut de 2011, il s’est rendu dans les Rocheuses canadiennes, où il a loué un SUV et une motoneige pour gravir la montagne. «Cela représentait environ trois tonnes de CO₂», a-t-il détaillé sur scène. En 2019, ce même chiffre était de 0,008 tonne, car Mathieu Schaer est resté en Suisse, s’est rendu sur place en train et en bus, puis a gravi la montagne avec son splitboard.
«Cela montre qu’on peut obtenir pratiquement le même résultat, mais avec un impact beaucoup plus faible sur l’environnement», conclut-il.
Plus d’un million de vues sur YouTube
Ce message de respect de l’environnement, Mathieu Schaer le diffuse non seulement auprès des scientifiques, mais aussi auprès du grand public. Le film «Shelter», plaidoyer des snowboardeurs en faveur d’une plus grande durabilité et d’un mode de vie plus responsable, a déjà été visionné plus d’un million de fois sur YouTube.
