Pourquoi certaines personnes refusent-elles de reconnaître la menace du changement climatique et d’agir activement pour y remédier?
Nous, les humains, nous aimons rester dans des zones de confort et nous en tenir à ce qui a fait ses preuves. Si une menace diffuse plane, nous nous accrochons encore plus à ce que nous croyons savoir, car cela nous offre un sentiment de sécurité. Ce n’est que lorsque cela devient désagréable à l’intérieur de cette zone de confort, par exemple consécutivement à des inondations ou des incendies de forêt, que les gens ressentent le besoin de s’ouvrir au changement.
Dans ce contexte, quel rôle joue la crainte du changement?
La perspective d’une catastrophe climatique déclenche la peur et l’impuissance. Notre système nerveux autonome y réagit de trois manières différentes: par la fuite, par le combat ou par la tétanisation. Les personnes combatives sont soit davantage susceptibles de devenir actives et de s’impliquer, soit sujettes à s’opposer aux connaissances scientifiques. Quant à celles qui choisissent la fuite, elles détournent le regard, refoulent, nient ou tournent tout au ridicule. Ce sont des mécanismes de défense.
Pourquoi en avons-nous besoin?
Notre psychisme nous protège des sentiments désagréables. Mais si nous ne faisons que réprimer nos peurs, rien ne se passe. Nous devons donc apprendre à gérer les sentiments désagréables et, par exemple, à accepter la disparition d’une espèce. Le deuil peut nous inciter à modifier notre comportement.
Il est donc ici question d’empathie…
L’être humain en est en effet doté. Cependant, de nombreuses heures passées devant des images de violence, comme celles diffusées par les médias, peuvent conduire à l’indifférence. Ces dernières décennies, nous nous sommes trop focalisés sur la communication des faits, ce qui a engendré de la peur et de l’impuissance, et donc des réactions défensives. Le sens des responsabilités et le sentiment d’auto-efficacité doivent vraiment être encouragés: à mon échelle, je peux apporter ma contribution, notamment en achetant des produits dont le transport s’effectue sur de courtes distances.
Comment promouvoir le sentiment d’auto-efficacité?
Les médias ont une énorme responsabilité en la matière, bien qu’ils ne l’assument que très partiellement. Nous devons prendre conscience du problème, mais le caractère incessant des rapports négatifs a l’effet inverse. Tant que les médias fonctionneront ainsi, rien ne changera. Des images encourageantes et des histoires positives sont nécessaires. Il faut montrer aux gens des chemins qui les incitent à changer. Les discussions sur le climat à caractère positif et constructif, comme celles menées par Action de Carême ou Pain pour le prochain, sont très utiles.
Il s’agit donc aussi de partager des expériences?
Nous sommes des êtres sociaux, orientés vers les autres. La recherche sur l’impact climatique a montré qu’une minorité de 25 % de personnes engagées suffit à convaincre les autres à adopter un comportement respectueux du climat. Cela crée une première majorité, qui en entraîne d’autres avec elle. Nous parlons ici de «points de basculement».
En revanche, lorsqu’on admet le changement climatique, on se sent obligé d’agir. On ressent une compulsion et la légèreté de la vie se perd.
C’est en changeant de comportement que la légèreté peut arriver. L’anxiété favorise la dépression. Mais quand on voit ce qu’on peut faire, on découvre aussi des issues. On se sent alors auto-efficace. Participer à une manifestation climatique peut déclencher un tel sentiment.