En moyenne, une femme vit entre 400 et 500 cycles menstruels au cours de sa vie. Cela représente souvent plusieurs milliers de serviettes et de tampons jetables par personne menstruée. Leur fabrication exige des matières premières, de l’eau et de l’énergie, alors que ces produits finissent à la poubelle après quelques heures d’utilisation à peine. Les alternatives réutilisables telles que les coupes, les culottes, les serviettes en tissu ou les éponges menstruelles permettent de préserver les ressources et de réduire la quantité de déchets.
Franziska Barthe, fondatrice et propriétaire du magasin suisse de produits menstruels Afriska.ch, explique dans cet entretien ce qui caractérise un produit menstruel durable et à quoi les consommatrices doivent être attentives lors de l’achat.
Vous avez été l’une des pionnières des produits menstruels durables en Suisse. Comment l’intérêt pour les alternatives aux serviettes et tampons jetables a-t-il évolué ces dix dernières années?
Beaucoup de choses ont changé. Les règles, le cycle féminin et la précarité menstruelle occupent une place plus grande dans le débat public. En parallèle, les produits menstruels durables ont quitté leur niche écologique: aujourd’hui, de plus en plus de personnes menstruées les utilisent tout naturellement au travail, à l’école ou en faisant du sport. La demande en sous-vêtements menstruels a littéralement explosé depuis 2020.
Comment cela a-t-il fait évoluer votre travail?
Cette année, je fête les vingt ans d’Afriska.ch. Durant la première décennie, il s’agissait surtout d’un travail de sensibilisation, puis de faire connaître les produits menstruels réutilisables. Aujourd’hui, beaucoup de femmes viennent me voir avec des idées déjà très précises. Pendant la pandémie de Covid, la conscience environnementale a nettement progressé, mais elle semble avoir reculé depuis 2023. Ces trois dernières années, j’ai de plus en plus entendu des consommatrices dire: «De toute façon, tout est fabriqué en Chine», et commander pour cette raison des coupes menstruelles ou des sous-vêtements menstruels bon marché sur Temu ou Shein. Or ces produits peuvent contenir des substances nocives pour l’environnement et la santé.
Qu’est-ce qui rend selon vous un produit menstruel réellement durable?
Pour moi, un produit menstruel est durable s’il s’intègre facilement et efficacement à mon quotidien et qu’il peut être réutilisé pendant plusieurs années. Mais la réutilisabilité seule ne suffit pas si le produit contient des substances nocives ou si sa fabrication génère des déchets polluants qui finissent dans les cours d’eau. Il ne devrait donc générer, ni à la fabrication ni à l’élimination, de quantités excessives de déchets ou de résidus nocifs pour l’environnement. De plus, il devrait être composé de matériaux sans danger pour la santé et ne pas nécessiter de transports inutilement longs. L’emballage doit lui aussi rester raisonnable et exempt de matériaux néfastes pour l’environnement ou la santé. Des conditions de travail équitables chez le fabricant comptent tout autant pour moi.