Monsieur Chandrapalan, qu’en est-il de la durabilité environnementale dans le football suisse?
Elle a gagné en importance, notamment au cours des deux dernières années. Mais même avant, de nombreux clubs avaient déjà mis en place des mesures ponctuelles, telles que des installations solaires dans leurs stades. Aujourd’hui, ils sont de plus en plus nombreux à disposer de stratégies globales et à nommer des responsables du développement durable. Au niveau européen, nous nous situons toutefois dans la moyenne.
Qui est en tête?
L’Allemagne et l’Angleterre, en particulier, sont au plus haut niveau mondial. Comparée à des championnats de taille similaire, comme celui de la Belgique, la Suisse s’en sort néanmoins bien.
Comment se fait-il que l’Allemagne soit au plus haut niveau mondial alors que la Suisse ne se situe qu’en milieu de classement?
La ligue allemande est nettement plus importante et dispose de bien plus de ressources. De plus, les clubs n’ont pas attendu que la Ligue prenne les devants. Le VfL Wolfsburg, par exemple, mise de sa propre initiative sur le développement durable depuis plus de dix ans. En Suisse, les choses se sont déroulées en grande partie différemment: ce n’est qu’il y a deux ans que la Ligue a commencé à aborder ce sujet de manière structurelle.
Quels sont les facteurs qui déterminent le degré de durabilité d’un club de football?
Le facteur le plus important pour le bilan carbone est la mobilité des supporters et des collaborateurs. D’après nos mesures, celle-ci représente entre 50 et 70% du bilan carbone, selon les clubs. La restauration et la consommation d’énergie jouent également un rôle important, mais varient beaucoup plus d’un club à l’autre.
Et les déchets, alors?
Les déchets sont la première chose qui vient à l’esprit des supporters. Ils représentent toutefois généralement moins de 1% des émissions de CO₂, même si leurs autres impacts environnementaux ne doivent bien sûr pas être négligés. Les déchets ont également une valeur symbolique. Je veux dire par là que celui qui ne maîtrise pas la question des déchets ne peut pas mener une politique de développement durable crédible.
Vous dites que la mobilité est le facteur le plus important. La Suisse dispose sans doute d’une longueur d’avance: il n’y a guère d’autre pays où les transports publics sont aussi bien développés.
C’est vrai. D’après notre enquête auprès des supporters, 51% d’entre eux utiliseraient déjà les transports en commun pour se rendre aux matches à domicile de la Super League, et ce chiffre atteindrait même 63% pour les matches à l’extérieur. Les trains de supporters que les CFF organisent jouent un rôle particulièrement important pour les matches à l’extérieur. Les CFF sont un partenaire très fiable dans ce domaine.
Vous avez évoqué le VfL Wolfsburg. Quels autres modèles les clubs suisses pourraient-ils prendre?
Revenons brièvement sur Wolfsburg: je trouve extrêmement intéressant la manière dont le club utilise la «gamification» au service du développement durable. Plus les supporters se déplacent de manière durable, plus ils bénéficient de réductions sur leur billet ou leur restauration. Le Borussia Dortmund a lui aussi misé très tôt sur le développement durable et fait figure de référence mondiale. Organisé sous la forme d’une société anonyme, le club doit respecter des directives européennes strictes en matière de collecte de données. Récemment, je me suis également rendu à Hoffenheim pour visiter le premier stade certifié «zéro déchet» d’Europe. Tout cela constitue une source d’inspiration.