Streaming, abonnements numériques, cloud, tablettes, téléphones mobiles, ordinateurs portables… ils nous simplifient la vie, mais ils n’ont pas que des avantages. Voilà bien longtemps que l’empreinte écologique de notre vie numérique ne se réduit plus aux seuls déchets physiques. L’utilisation des technologies numériques entraîne la production toujours plus grande de déchets invisibles, comme les données, de consommation d’énergie et de déchets électriques, sans compter la fragmentation de notre attention. Chaque clic génère des coûts sous forme de consommation d’énergie et d’émissions de CO₂ qui s’accumulent lentement mais sûrement, formant une montagne invisible qui ne cesse de grandir. Et pourtant, la question du «gaspillage numérique» est rarement abordée dans le cadre du développement durable.
Qu’est-ce que le gaspillage numérique?
Le gaspillage numérique (digital waste en anglais) désigne la production, le stockage et la transmission de données numériques qui nécessitent une quantité d’énergie et de ressources inutiles et disproportionnées sans apporter de valeur ajoutée. Alors que les déchets électroniques physiques, tels que les téléphones mobiles ou les ordinateurs portables usagés sont bien visibles dans les déchetteries, les autres déchets numériques sont immatériels.
Voici les principales catégories de déchets numériques:
- Données: tout ce qui sollicite la mémoire ou la puissance de calcul, comme les pourriels, les données ou les supports inutilisés, les entrées redondantes ou les logiciels périmés
- Déchets électroniques: les appareils électroniques mis au rebut, tels que les téléphones mobiles, les ordinateurs portables, mais aussi l’électroménager dont la production consomme de l’énergie et des matières précieuses
- Consommation énergétique: les appareils, les serveurs, les centres de calcul et de données qui enregistrent et traitent nos données tout en générant des émissions de CO2 substantielles
Pourquoi notre mode de vie en ligne consomme-t-il des ressources?
Chaque stream, chaque sauvegarde dans le cloud et chaque requête passent par des centres de calcul qui doivent être refroidis et alimentés en électricité 24 h/24. Selon certaines études internationales, le trafic mondial de données génère d’ores et déjà autant d’émissions de CO2 que la totalité du transport aérien.
Les applications qui consomment le plus d’énergie sont le streaming vidéo haute définition, les sauvegardes automatisées et le stockage longue durée de données peu utilisées. À cela s’ajoute le cycle de vie relativement court de nos appareils. En effet, les smartphones, les ordinateurs portables et les tablettes sont souvent remplacés au bout de quelques années, même si leur production consomme de grandes quantités de terres rares, d’eau et d’énergie. Notre consommation en ligne a beau sembler immatérielle, elle est basée sur des infrastructures bien matérielles très gourmandes en ressources et qui ont un impact grandissant sur l’environnement.
Retour à l’analogique!
Contre la surabondance numérique, les jeunes générations, en particulier, redécouvrent l’analogique, préférant les disques vinyle à Spotify, les carnets papier aux applications de prise de notes et les livres physiques aux liseuses. La propriété, le contact avec l’objet et la déconnexion assumée s’imposent ainsi comme des valeurs clairement revendiquées, non seulement contre l’excès de sollicitations permanent, mais aussi contre la consommation d’énergie invisible.
Paradoxalement, cette tendance se répand sur des plateformes telles que TikTok ou Instagram, où les utilisateurs postent des millions de conseils en vidéo pour réduire le temps d’écran ou prendre des photos argentiques, avec des hashtags comme #digitaldetox ou #analoglife. Et pourtant, ce besoin d’expériences analogiques s’inscrit bel et bien en réaction à l’obésité numérique. Le retour à l’analogique n’est pas seulement un mouvement d’opposition, c’est aussi une réponse à une époque placée sous le sceau du tout-numérique, qui affecte à la fois l’environnement et la vie d’un grand nombre de personnes.
Mesurer et réduire le gaspillage numérique
Aussi précieux soit-il, le retour aux supports analogiques dans le cadre d’un usage plus conscient de la technique ne résout pas le fond du problème. Pour limiter l’impact environnemental du tout-numérique, il est nécessaire d’envisager d’autres approches systématiques.
L’une d’entre elles est le Digital Waste Tracking, de plus en plus efficace. Dans ce cadre, les entreprises, comme les particuliers, analysent les volumes de données, les lieux de stockage, la charge sur les serveurs et la durée d’utilisation des appareils. Cela permet d’identifier et de réduire précisément les montagnes de données inutiles, les systèmes obsolètes et les ressources vétustes. On peut alors supprimer les doublons, optimiser les processus et mettre en évidence l’empreinte carbone numérique de chacun.
À long terme, la possibilité de concilier technologie et diète numérique responsable pourrait modifier notre rapport aux données, à l’énergie et à l’attention, mais aussi réduire l’accroissement des montagnes de données. Il reste à savoir si la jeune génération et celles qui suivront réussiront cet exercice d’équilibrisme dans un univers entièrement acquis au numérique.