Protect Our Winters (POW), organisation fondée aux États-Unis, est également active en Suisse depuis quelque temps. Mais peut-on vraiment agir pour préserver l’hiver? Son directeur Nicholas Bornstein, fanatique de sports d’hiver, répond à nos questions.
Monsieur Bornstein, l’hiver est à nos portes. Avec quels sentiments abordez-vous les semaines à venir?
Je les attends avec énormément d’impatience. En même temps, je sais aussi que les hivers ne sont plus ce qu’ils étaient. Variations de température, démarrage plus tardif, pluie à 2000 mètres en pleine saison hivernale ou encore précipitations extrêmes sont des phénomènes que nous verrons – et voyons déjà – de plus en plus souvent.
Avec Protect Our Winters, vous vous engagez en faveur de la montagne et de la protection du climat. De quelle manière?
Par exemple au moyen de campagnes prônant une mobilité respectueuse du climat. Ou encore grâce à notre projet auprès d’une cabane du Club Alpin Suisse, où nous collaborons avec ses hôtes pour leur fournir des aliments locaux et de saison. Mais aussi par un travail de sensibilisation, comme des interventions lors d’événements, des discours auprès d’associations, de l’éducation à l’environnement au sein d’entreprises et, bien sûr, des campagnes, à l’instar de celles pour les élections de 2023 ou pour le vote de la loi sur la protection du climat.
Question provocatrice: peut-on vraiment préserver l’hiver?
Non, mais on peut limiter le changement climatique et laisser à nos descendants une planète plus saine. Le plus important, c’est de pouvoir utiliser l’amour des gens pour la montagne afin de faire bouger les choses et les inciter à protéger le climat. Il s’agit du but de notre organisation.
Comment Protect Our Winters Suisse est-elle organisée?
Nous sommes une association avec un comité directeur et un secrétariat, et avons quatre employés à plein temps. À cela s’ajoute un nombre croissant de membres et d’ambassadeurs. Actuellement, nous comptons plus de 1000 membres en Suisse. Au niveau international, ils sont déjà plusieurs dizaines de milliers.
POW travaille avec des ambassadeurs et ambassadrices issus de différents domaines. Quel est leur rôle?
Nous les utilisons pour faire connaître nos thématiques et passer nos messages à de nouveaux groupes cibles, pour rendre nos campagnes plus visibles et pour mettre en œuvre des projets communs. Nous avons également recours à eux lors de conférences ou d’ateliers. Nous organisons en outre des randonnées à ski avec des guides de montagne et faisons ainsi découvrir l’univers de la montagne aux personnes intéressées. Nous travaillons également avec des artistes. Nous réalisons, par exemple, des collaborations en lien avec des produits. Nous avons ainsi imprimé des gourdes avec le glacier de Morteratsch grâce au concours de l’illustratrice helvétique Corinne Weidmann. Nous vendons ensuite ces bouteilles dans notre boutique en ligne.
Vous conseillez à tout le monde de se rendre à la montagne en utilisant les transports publics. Avez-vous également des recommandations sur l’endroit où il convient de skier? Faites-vous un classement des stations de ski les plus durables?
Nous ne faisons pas de classement, car ce ne serait pas honnête. Tous les domaines skiables ont un impact, mais la majorité des grands domaines de Suisse font quelque chose en faveur du climat, par exemple en achetant de l’électricité 100% renouvelable. Andermatt se chauffe également de manière climatiquement neutre avec du bois local, Arosa mise sur l’énergie hydraulique pour la production d’électricité, etc. Celui qui, dans ce secteur, occulte la durabilité agit contre ses propres intérêts commerciaux. Cela ne signifie pas pour autant que tout va bien. Nous sommes d’avis qu’il faut en faire encore beaucoup plus. À de nombreux endroits, l’offre de restauration pourrait notamment être plus respectueuse du climat.
On dit que vous êtes «la voix de la communauté outdoor». Est-ce le cas? Ne s’agit-il pas plutôt d’un groupe totalement hétéroclite?
Nous avons pour objectif d’unir ce groupe hétérogène et de le mobiliser lorsqu’il s’agit d’aborder des thématiques relatives au climat. Nous le faisons au travers de la passion qui unit les membres de ce groupe: la montagne. Nous voulons utiliser activement l’amour qu’ils lui portent.
Sur votre site Internet, on peut lire que vous considérez l’éducation comme la mesure de protection climatique la plus importante. Ne savons-nous pas déjà tous ce qu’il faut faire ou non, sans pour autant être prêts à certains renoncements?
Nous sommes convaincus qu’il est toujours possible d’investir davantage dans l’éducation. Au moment d’aborder la thématique du climat, beaucoup de gens n’ont pas l’ouverture d’esprit nécessaire. Mais non, protéger le climat ne signifie en aucun cas renoncer, au contraire! L’éducation permet d’être conscient de ce que l’on peut faire soi-même, des options dont on dispose en tant que citoyen dans la vie quotidienne, de savoir pour qui on peut voter, quelles décisions d’achat vont influencer telle ou telle chose, etc. L’éducation, cela veut aussi dire être au fait des nouvelles technologies. Si la protection du climat est assimilée à un renoncement, nous n’aurons pas atteint notre objectif. Non, la lutte contre le changement climatique doit aussi ouvrir des opportunités économiques.
Quels sont vos objectifs concrets pour l’année prochaine?
Il y en a plusieurs. La stabilisation de notre siège social, afin que l’association puisse continuer à croître sainement. Ensuite, il s’agit de mettre l’accent sur le thème de la mobilité avec un nouveau projet. Et, de manière générale, de montrer que la protection du climat ne doit pas s’inscrire dans le schéma gauche-droite, mais qu’elle nous concerne tous et que nous pouvons tous contribuer à trouver des solutions.
Plus d’informations sur www.protectourwinters.ch
