La politique environnementale a perdu de sa visibilité médiatique – guerres, conflits et coûts dominent désormais les gros titres. L’urgence reste pourtant intacte: la Suisse risque de manquer son objectif zéro net d’ici à 2050. Selon la Haute École zurichoise des sciences appliquées (ZHAW), elle devrait même l’atteindre dès 2035 pour respecter la limite de 1,5 degré.
En 2019, la situation était bien différente. Des jeunes mobilisaient des millions de personnes dans le monde entier, les Verts triomphaient aux élections nationales portées par la vague climatique. Que s’est-il passé depuis? Et comment redonner de l’élan à la politique environnementale suisse?
«Cela fait quinze ans que je donne un cours sur la politique environnementale suisse», explique Karin Ingold, qui enseigne à l’Université de Berne. «Ce semestre, je l’ai complètement restructuré.» La raison? La politique perdrait de vue l’environnement.
La politique environnementale? «Peu attrayante»
«L’environnement n’est actuellement pas un domaine politique attrayant», constate Karin Ingold. Et David Schärer, publicitaire de l’année 2021/2022 et responsable de la compagne contre l’initiative SSR, d’ajouter: «La population semble être absorbée émotionnellement.» En Europe, après des décennies de paix, la guerre frappe à nouveau, les prix augmentent et le pouvoir d’achat diminue, explique le professionnel des campagnes.
Selon Karin Ingold, quiconque souhaite faire progresser la politique environnementale aurait intérêt à ne pas la présenter comme telle. Par ailleurs, être directement touché ne suffit plus à susciter l’engagement politique. La population suisse subirait certes de plus en plus les effets du changement climatique – manque de neige pour le tourisme hivernal, phénomènes météorologiques extrêmes tels que canicules et inondations –, mais la recherche démontre que même les personnes directement affectées ne s’engagent pas automatiquement en faveur de mesures globales de protection du climat.
Des votes qui ne mènent à rien en Suisse
Quelle voie peut donc mener à la sortie de cette crise? Karin Ingold se souvient d’une époque où «il y avait encore plus d’interventions en matière de politique environnementale de la part des partis de droite et des libéraux». La polarisation et le virage à droite de la politique auraient changé la donne. «Tout le monde veut prendre soin de la forêt et de l’eau», poursuit-elle. «Si nous parvenons à sortir davantage ces questions de la politique partisane, l’environnement y gagnerait.»
Les votations ne semblent pas être le bon outil pour y parvenir. «Les opposants aux votations sur la politique environnementale sont souvent des acteurs bien organisés», explique Karin Ingold. Or les votations qui donnent lieu à des campagnes bruyantes et du lobbying intense ne permettent pas de faire avancer efficacement les thèmes environnementaux dans l’agenda politique, précise-t-elle.
Les bonnes campagnes environnementales sont rares
David Schärer soutient également que la politique environnementale ne doit pas être perçue comme une affaire de camp. Elle devrait apporter des réponses pragmatiques à des préoccupations concrètes telles que la sécurité, la stabilité et le contrôle des coûts – plutôt que d’insister sur des objectifs climatiques abstraits.
«Les préoccupations environnementales doivent être perçues comme un gain au quotidien», note le publicitaire. «Elles doivent aller au-delà de simples appels tels que «Nous devons agir.» Selon lui, les interdictions ou les sentiments de culpabilité sont moins efficaces que de montrer les marges de manœuvre et le pouvoir d’action de chacun.
Un bon exemple? «Je n’ai plus vu de campagnes impressionnantes depuis la pandémie», déplore David Schärer. En revanche, la campagne Earth Hour du WWF montre la voie: depuis 2007, elle invite chacun à éteindre les lumières pendant une heure en mars. Un geste simple qui crée une expérience collective.
Coopération intercantonale nécessaire
L’environnement touche à tous les domaines de la vie, ce qui complique la définition des responsabilités. Confédération, cantons, aménagement du territoire, protection des eaux: chacun peut renvoyer la balle à l’autre. «Il serait judicieux de créer des plateformes institutionnalisées entre les cantons et la Confédération dans le domaine de la politique environnementale, au sein desquelles un échange sur les meilleures pratiques aurait lieu», souhaite Karin Ingold.
Elle cite l’exemple de Bâle-Ville. Le Canton travaille en étroite collaboration avec les autorités françaises et allemandes pour la protection du Rhin. «Ils ont mis en place un système de surveillance commun pour mesurer la qualité de l’eau potable et intervenir si nécessaire», explique Karin Ingold. Et d’ajouter: «Cela fonctionne au niveau international. Des coopérations similaires pourraient également fonctionner au niveau intercantonal.» Selon elle, l’environnement est un bien commun, il n’appartient à personne.