Quel est le moyen le plus efficace de réduire ses émissions de CO2? Des chercheurs de l’Université suédoise de Lund se sont penchés sur cette question en 2017 en comparant les effets du recyclage, de l’alimentation végétalienne, de la mobilité sans voiture, du renoncement aux voyages en avion et d’une vie sans enfants. «Nous savons qu’il s’agit de décisions très personnelles, a déclaré Kimberly Nicholas, coauteur de l’étude. Nous ne pouvons en revanche pas ignorer les effets climatiques de notre mode de vie.»
Est-ce égoïste d’avoir des enfants?
Une étude montre qu’aucune décision dans sa manière de vivre n’influence autant le climat que celle d’avoir ou non des enfants. Devrait-on encore en faire? Oui, répond une experte en climatologie de l’École polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ).
Leur point de départ: les émissions de CO2 par habitant doivent être inférieures à 2,1 tonnes par an d’ici 2050. Selon les experts, c’est une nécessité au niveau mondial, car la moitié de la population est «fortement menacée» par les effets de la crise climatique. Selon les dernières découvertes, un milliard de personnes vivant dans les zones côtières seraient exposées aux inondations, et l’extinction massive d’espèces, telles que les arbres et les coraux, aurait déjà commencé.
Naissance du mouvement «BirthStrike»
Que peut-on faire à notre échelle pour y remédier? Les chercheurs de l’Université de Lund sont arrivés à la conclusion qu’une alimentation végétale permettait d’économiser environ 0,8 tonne d’équivalents CO2 par an, que chaque vol transatlantique non réalisé évitait une dépense de 1,6 tonne et qu’une année sans voiture avait comme effet une réduction de 2,4 tonnes. Mais aussi que l’impact le plus important provenait sans conteste du fait de renoncer à avoir un enfant, car chaque naissance en moins permettait une baisse de 58,6 tonnes d’équivalents CO2 par an.
Deux ans après la publication de cette étude, la Britannique Blythe Pepino a lancé le mouvement «BirthStrike». Les conséquences possibles de la crise climatique – famines, violences et guerres – préoccupaient beaucoup cette musicienne. «Nous sommes un groupe de personnes qui nous sentons trop peu sûres d’elles pour avoir des enfants», explique Blythe Pepino au nom de ses compagnes de lutte.
«Un bel avenir est possible»
Sonia Seneviratne partage également ces préoccupations. Cette professeure de l’École polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ) est considérée comme l’une des climatologues les plus renommées au monde. Elle participe, par exemple, à l’élaboration du rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). «Un enfant né en 2020 connaîtra sept fois plus de vagues de chaleur dans sa vie que s’il avait vu le jour en 1960», a-t-elle déclaré lors d’un récent discours. Elle a toutefois pondéré ses propos: «A moins que nous parvenions à fixer des objectifs plus stricts pour la réduction des émissions de CO2.» Au vu de la situation actuelle, elle n’est toutefois guère optimiste.
Contrairement à la fondatrice de BirthStrike, Sonia Seneviratne a néanmoins décidé d’avoir des enfants. Il s’agit bien évidemment, comme elle le souligne elle-même, d’une décision personnelle. «Ne pas en avoir aurait signifié pour moi que je ne croyais plus en l’avenir, indique-t-elle. Malgré mon manque d’optimisme, il y a encore de l’espoir.» Selon elle, il est encore possible de dessiner un beau futur. Comment? «Nous devons simplement créer un monde dans lequel nous ne consommerons plus d’énergies fossiles», répond-elle.