Selon le WWF, en Suisse, 2,8 millions de tonnes de denrées alimentaires finissent chaque année à la poubelle. Près de 40% de ce gaspillage est imputable aux consommateurs finaux. Comment l’éviter? La cheffe berlinoise Sophia Hoffmann, auteure du livre «Zero Waste Food», partage quelques conseils.
Sophia Hoffmann, comment évitez-vous le gaspillage alimentaire?
Ce processus commence déjà dans les magasins, car nous achetons tous beaucoup trop de marchandises. Je m’en tiens à cette règle d’or: chaque personne ne devrait acheter que la quantité qu’elle peut porter seule. Autrement dit, un sac en tissu bien rempli. Il peut être utile de rédiger des listes de courses, afin de déterminer ce dont on a vraiment besoin. Après avoir fait mes achats, je fais attention à ce qui doit être mangé et à quel moment. Je lave immédiatement les baies et je trie celles qui sont abîmées. Je les mets au réfrigérateur, pour les mélanger par la suite avec des céréales ou en faire des smoothies. S’agissant des salades à tondre, je les consomme généralement le jour même. Les endives, le chou chinois ou la laitue romaine, en revanche, restent frais plus longtemps.
Quelle que soit l’attention que l’on porte à ses propres achats, les supermarchés jettent des tonnes d’aliments comestibles. Les consommateurs peuvent-ils agir?
Bien sûr. Les grands leviers se trouvent dans le commerce et l’économie. Pour les actionner, il faut développer des solutions politiques. Nous devons rendre l’industrie alimentaire beaucoup plus responsable, surtout en ces temps de crise climatique et de gaspillage des ressources. Il est malgré tout important que nous, les particuliers, développions une conscience et une valorisation des produits, des personnes et des animaux. Celui qui apprécie la nourriture ne la jette pas. Il ne s’agit là pas seulement d’aliments, mais aussi d’autres biens de consommation et ressources. L’attitude qui consiste à dire «c’est égal» ne me semble pas très empathique.
Éviter le gaspillage alimentaire est plus facile à dire qu’à faire. Quelles sont les astuces qui permettent d’utiliser les aliments laissés de côté?
Je trouve passionnant de voir les possibilités de transformation. Les légumes ou les fruits peuvent être réduits en purée et utilisés pour faire des soupes, des sauces ou des smoothies. La tomate et le concombre deviennent, par exemple, des gaspachos. Le pain et certains légumes se prêtent souvent merveilleusement bien à la préparation de toppings ou de garnitures. On peut sécher, même au four, les herbes, les légumes et les fruits pour en faire des chips. Les fruits et les baies peuvent être rapidement réduits en confiture ou en compote. Et les restes de nourriture après une fête ou un voyage se congèlent facilement.
Et quand il reste encore quelque chose?
Les aliments représentent un excellent cadeau à faire à des amis ou à des voisins.
Quittons le réfrigérateur. Que faire quand notre armoire est pleine de farine, de riz et d’autres provisions?
Je donne toujours le même conseil: essayez, une fois par année, d’utiliser l’ensemble des produits secs que vous avez stockés à la maison. Trop de farine? Faites-en des crêpes, des pizzas ou des gâteaux. Ceux qui s’éloignent un peu des recettes pour considérer les aliments comme des matériaux et improvisent de nouvelles choses font généralement preuve de créativité. Mon credo tient en trois verbes: échangez, expérimentez, osez. Les erreurs ne sont pas seulement permises, elles sont souhaitées. Si rien ne va de travers en cuisine, personne n’apprend rien non plus.
En parlant de créativité, vous avez ouvert votre propre restaurant, nommé «Happa». Pourquoi?
En plus de «Zero Waste Food», j’ai écrit trois autres livres de cuisine, j’ai été active sur une chaîne YouTube et dans deux podcasts. Pendant des années, j’ai jonglé entre les dîners pop-up, les cours de cuisine et les émissions culinaires dans les pays germanophones. À un moment donné, j’ai eu envie d’avoir mon propre espace. Je souhaitais un foyer culinaire où me développer et où les gens viendraient à moi. C’est grâce à mon engagement sur le thème du gaspillage alimentaire que j’ai fait la connaissance de mon actuelle partenaire commerciale, Nina Petersen – elle tenait un restaurant pop-up axé sur le zéro déchet. Après des années de planification, nous avons pu ouvrir un tel lieu à Berlin, en novembre dernier. «Happa» est un restaurant végétalien, avec des produits régionaux et de saison.
Comment cuisinez-vous chez vous?
Là aussi, j’essaie de cuisiner presque exclusivement des produits régionaux et de saison, même si je me permets des exceptions. Si j’en ai envie, il m’arrive de manger un avocat ou un ananas, mais je veille alors à ce qu’ils soient produits de manière biologique et équitable. La base de mes plats est toutefois constituée de produits en accord avec les saisons. Je considère que c’est un défi créatif d’en faire des plats délicieux.
Vous avez écrit quatre livres de cuisine. Ce défi créatif est-il aussi au centre de vos ouvrages?
Lorsque j’écris des livres de cuisine, les recettes doivent bien sûr être faciles à réaliser et intuitivement compréhensibles. Mais les lecteurs et les lectrices devraient voir mes recettes comme une base sur laquelle ils peuvent construire en changeant d’ingrédients, en variant et en s’amusant.
