Nulle part ailleurs on ne trouve autant de centres de données par habitant qu'ici. Mais les énormes besoins en électricité et en eau des fermes de serveurs suisses alimentent le débat sur la nécessité d'une plus grande transparence et d'une meilleure durabilité dans ce secteur. Photo : Getty Images

La Suisse compte 120 centres de données, mais rares sont ceux qui publient leurs données de consommation

120 Rechenzentren gibt es in der Schweiz – doch nur wenige legen Verbrauch offen

Nos données consomment autant d’électricité qu’une ville entière

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La Suisse compte plus de centres de données par habitant que presque tout autre pays. On ignore toutefois quelle quantité d'énergie ceux-ci consomment. De plus en plus de personnes réclament que cela change, y compris au sein même du secteur.

Une réunion en ligne, une soirée Netflix, une requête sur ChatGPT : tout ce que nous faisons en ligne génère tôt ou tard des données dans un centre de données. La Suisse abrite environ 120 centres de ce type, soit un nombre par habitant que pratiquement aucun autre pays n'atteint.

Cela inquiète beaucoup de monde : dans un sondage représentatif mené par Algorithm Watch CH, plus d'une personne sur deux déclare s'inquiéter de sa consommation d'énergie et d'eau.

Matthias Haymoz connaît lui aussi cette enquête. Il travaille à la Swiss Datacenter Efficiency Association (SDEA), un consortium regroupant des universités et des entreprises qui certifie les centres de données particulièrement efficaces. Haymoz déclare : « En Suisse, ces craintes sont diffuses. » Le grand essor de l’IA, qui implique l’entraînement de nouveaux modèles gigantesques, ne touche pas le pays.

Il fonde son point de vue sur une étude de la Confédération. Celle-ci montre que les centres de données représentent environ 3,6 % de la consommation d'électricité en Suisse. Depuis 2019, leur consommation aurait augmenté de près de 20 %, une hausse « modérée », comme le souligne la Confédération.

Une base scientifique controversée

« La Suisse est un site idéal pour des centres de données durables et efficaces », estime donc Haymoz. L'électricité consommée provient de sourcesà faibles émissions de CO₂, et l'approvisionnement en eau n'est pas menacé. Il reconnaît toutefois : « Il y a encore des progrès à faire. » Selon la Confédération, les centres de données pourraient économiser environ 38 % d'électricité s'ils étaient exploités de manière plus efficace.

Angela Müller se montre plus sceptique. « C’est une bonne chose que de telles études existent », déclare la directrice générale de l’ONG Algorithm Watch CH. Elle estime toutefois que la fiabilité de ces chiffres est discutable. L’étude doit en effet recourir régulièrement à des estimations, car les exploitants des centres de données ne communiquent pas leurs données. « C’est insuffisant pour servir de base à des décisions politiques », ajoute-t-elle.

Le SDEA mesure des données réelles

Algorithm Watch CH a calculé que cinq centres de données existants ou en projet pourraient chacun consommer plus d'électricité que l'ensemble de la ville de Schaffhouse. Parmi ceux-ci figure notamment le campus de Digital Realty à Rümlang.

Cette consommation absolue élevée n'exclut toutefois pas un haut niveau d'efficacité. Pour Matthias Haymoz, de la SDEA, ce fournisseur américain est même un exemple à suivre. « Selon notre méthodologie, il est prouvé qu'ils exploitent le centre de données le plus efficace au monde », affirme-t-il.

Les critères SDEA sont plus stricts que les normes du secteur : alors que l'indice PUE couramment utilisé mesure uniquement la quantité d'énergie directement consommée par les équipements informatiques, la SDEA prend également en compte l'efficacité des équipements informatiques, la récupération de la chaleur résiduelle, la consommation d'eau et l'impact climatique de l'électricité.

Digital Realty a obtenu le premier label Platine décerné par la SDEA. « Je me réjouis tout particulièrement », déclare Haymoz, « qu’ils aient d’abord été certifiés “seulement” au niveau Argent, mais qu’ils aient souhaité s’améliorer de leur propre initiative. »

Le secteur peine à faire preuve de transparence

Haymoz estime que d'autres exploitants devraient suivre cet exemple, mais ceux-ci se montrent réticents. « Il est difficile de convaincre le marché de l'intérêt de la certification », explique-t-il. Seuls sept centres suisses disposent à ce jour d'une certification SDEA.

Haymoz déplore donc le manque de transparence du secteur. « Avant, les centres de données étaient simplement là », explique-t-il. Personne ne s’y intéressait. Aujourd’hui, ils incarnent l’essor de l’IA. Il est dans l’intérêt du secteur de dissiper les éventuelles inquiétudes.

Cela concorde avec le sondage réalisé par Algorithm Watch: quatre personnes sur cinq en Suisse souhaitent obtenir des informations précises sur la consommation énergétique des centres de données. Pour Angela Müller, une chose est claire : « La population souhaite davantage de transparence. »

Mais le secteur se montre réticent. Au sein de l'UE, les centres de données sont tenus de publier leurs données énergétiques. Pourtant, seuls 36 % des opérateurs se conforment à cette obligation, et 20 % des données fournies sont inutilisables.

Pourquoi pas la certification SDEA ?

Dans le même temps, de nombreux opérateurs présentent leurs centres de données comme efficaces et durables. « Leader en matière d'efficacité énergétique des centres de données », affirme par exemple Green, l'un des plus grands opérateurs suisses.L'empreinte carbone serait réduite grâce à des sources d'énergie renouvelables et au refroidissement naturel (freecooling) ; de plus, la chaleur résiduelle de certains centres devrait bientôt être utilisée pour chauffer jusqu'à 11 500 foyers.

« Depuis 2020, nous avons été désignés chaque année comme le meilleur prestataire suisse par l'organisme indépendant ISG », déclare la porte-parole Susanne Felice-Tanner. « L'efficacité énergétique est l'un des critères pris en compte par l'ISG. » Par ailleurs, Green a remporté un Global Data Cloud Award pour son projet de récupération de chaleur.

Contrairement à ces deux distinctions, le label SDEA exige toutefois une année de mesures de données réelles sur place. « Une telle mesure n'a de sens que si le taux d'occupation est déjà très élevé », rétorque Felice-Tanner. Deux projets « verts » sur trois ne sont pas encore achevés.

L'entreprise envisage-t-elle d'obtenir une certification SDEA à l'avenir ? « C'est en tout cas une possibilité », déclare la porte-parole.

Ein Online-Meeting, ein Netflix-Abend, eine Chat-GPT-Anfrage: Alles, was wir online tun, produziert früher oder später Daten in einem Rechenzentrum. Die Schweiz beherbergt rund 120 solcher Zentren und damit so viele pro Kopf wie kaum ein anderes Land.

Das macht vielen Angst: Mehr als jeder Zweite gibt in einer repräsentativen Umfrage von Algorithm Watch CH an, sich wegen deren Energie- und Wasserverbrauch zu sorgen.

Auch Matthias Haymoz kennt diese Umfrage. Er arbeitet bei der Swiss Datacenter Efficiency Association (SDEA), einem Konsortium aus Hochschulen und Industrie, das besonders effiziente Rechenzentren zertifiziert. Haymoz sagt: «In der Schweiz sind solche Ängste diffus.» Der grosse KI-Boom, bei dem gigantische neue Modelle trainiert werden, ziehe am Land vorbei.

Seine Sicht stützt er auf eine Studie des Bundes. Diese zeigt, dass rund 3,6 Prozent des Schweizer Stromverbrauchs auf das Konto der Rechenzentren gehen. Seit 2019 sei deren Verbrauch um knapp 20 Prozent gestiegen – eine «moderate» Zunahme, wie der Bund betont.

Umstrittene Studiengrundlage

«Die Schweiz ist ein sehr guter Standort für nachhaltige und effiziente Rechenzentren», findet Haymoz daher. Der verbrauchte Strom stamme aus CO2-armen Quellen, und die Wasserversorgung sei nicht gefährdet. Trotzdem sagt auch er: «Es gibt Verbesserungspotenzial.» Rund 38 Prozent des Stroms könnten Rechenzentren gemäss Bund einsparen, wenn sie effizienter betrieben würden.

Angela Müller ist skeptischer. «Es ist gut, dass es solche Studien gibt», sagt die Geschäftsleiterin der NGO Algorithm Watch CH. Doch es sei fraglich, wie verlässlich die Zahlen seien. Immer wieder müsse die Studie auf Schätzungen zurückgreifen, weil die Betreiber der Rechenzentren keine Daten herausgäben. «Das ist zu wenig, um als Basis für politische Entscheide zu dienen», sagt sie.

SDEA misst Realdaten

Algorithm Watch CH selbst hat berechnet, dass fünf bestehende oder geplante Rechenzentren jeweils mehr Strom verbrauchen könnten als die gesamte Stadt Schaffhausen. Darunter ist auch der Campus von Digital Realty in Rümlang.

Dieser hohe absolute Verbrauch schliesst eine hohe Effizienz jedoch nicht aus. Für Matthias Haymoz von der SDEA ist der US-Anbieter sogar ein Vorzeigebeispiel. «Nach unserer Methodik betreiben sie nachweislich das effizienteste Rechenzentrum der Welt», sagt er.

Die SDEA-Kriterien sind dabei strenger als die Branchenstandards: Während der gängige PUE-Wert nur misst, wie viel der Energie direkt in die IT fliesst, berücksichtigt die SDEA zusätzlich die IT-Effizienz, die Abwärmenutzung, den Wasserverbrauch und die Klimafreundlichkeit des Stroms.

Digital Realty hat sich das erste Platinum-Label der SDEA gesichert. «Besonders freut mich», sagt Haymoz, «dass sie zuerst ‹nur› mit Silber zertifiziert wurden, sich aber aus eigenem Antrieb verbessern wollten.»

Branche tut sich schwer mit Transparenz

Andere Betreiber sollten dem Beispiel folgen, findet Haymoz – doch diese sind zurückhaltend. «Es ist schwierig, den Markt von der Zertifizierung zu überzeugen», sagt er. Erst sieben Schweizer Zentren haben eine SDEA-Zertifizierung.

Haymoz bemängelt daher die Intransparenz der Industrie. «Früher waren Rechenzentren einfach da», sagt er. Niemand habe sich für sie interessiert. Heute stünden sie stellvertretend für den KI-Boom. Es sei im Eigeninteresse der Branche, allfällige Sorgen auszuräumen.

Das deckt sich mit der Algorithm-Watch-Umfrage: Vier von fünf Personen in der Schweiz wünschen sich genaue Angaben zum Energieverbrauch der Rechenzentren. Für Angela Müller ist klar: «Die Bevölkerung will mehr Transparenz.»

Doch die Branche ziert sich. In der EU müssen Rechenzentren ihre Energiezahlen offenlegen. Trotzdem folgen dieser Vorgabe nur 36 Prozent aller Betreiber, wobei 20 Prozent der gelieferten Daten unbrauchbar sind.

Warum keine SDEA-Zertifizierung?

Derweil bewerben etliche Betreiber ihre Rechenzentren als effizient und nachhaltig. «Führend in der Energieeffizienz von Datacentern», heisst es etwa bei Green, einem der grössten Schweizer Betreiber. Der CO2-Fussabdruck werde über erneuerbare Energiequellen sowie Freecooling reduziert, zudem solle die Abwärme einzelner Zentren bald als Heizwärme für bis zu 11'500 Haushalte genutzt werden.

«Wir wurden seit 2020 jedes Jahr von der unabhängigen ISG als bester Schweizer Anbieter ausgezeichnet», sagt Mediensprecherin Susanne Felice-Tanner. «Eines der ISG-Kriterien ist die Energieeffizienz.» Zusätzlich habe Green für sein Abwärmeprojekt einen globalen Data Cloud Award gewonnen.

Anders als bei diesen beiden Auszeichnungen erfordert das SDEA-Label jedoch die einjährige Messung von Realdaten vor Ort. «Eine solche Messung ergibt erst Sinn, wenn die Auslastung schon sehr hoch ist», entgegnet Felice-Tanner. Zwei von drei Green-Projekten seien noch nicht abgeschlossen.

Strebt das Unternehmen später eine SDEA-Zertifizierung an? «Das ist auf jeden Fall eine Möglichkeit», sagt die Pressesprecherin.

Une réunion en ligne, une soirée Netflix, une requête sur ChatGPT: tout ce que nous faisons sur internet génère des données qui finissent dans un centre de données. La Suisse en compte environ 120, soit un nombre par habitant que pratiquement aucun autre pays n’atteint.

Cela inquiète beaucoup de monde: selon un sondage représentatif mené par l’ONG Algorithm Watch CH, plus d’une personne sur deux s’inquiète de leur consommation d’énergie et d’eau.

«Des angoisses diffuses»

Matthias Haymoz a également pris connaissance de cette enquête. Il travaille à la Swiss Datacenter Efficiency Association (SDEA), un consortium regroupant des universités et des entreprises qui certifient les centres de données particulièrement efficaces. «En Suisse, ces craintes sont diffuses», déclare-t-il. Selon lui, le grand boom de l’IA, qui implique l’entraînement de nouveaux modèles gigantesques, ne touche pas le pays.

Il s’appuie sur une étude de la Confédération qui montre que les centres de données représentent environ 3,6% de la consommation d’électricité en Suisse. Leur consommation aurait augmenté de près de 20% depuis 2019, une hausse que la Confédération qualifie de «modérée».

Une base scientifique controversée

«La Suisse est un site très favorable pour des centres de données durables et efficaces», souligne Matthias Haymoz. L’électricité consommée provient de sources à faibles émissions de CO₂ et l’approvisionnement en eau n’est pas menacé. Il reconnaît toutefois: «Il y a encore des progrès à faire.» Selon la Confédération, les centres de données pourraient économiser environ 38% de leur consommation d’électricité s’ils étaient exploités de manière plus efficace.

Angela Müller se montre plus sceptique. «C’est une bonne chose qu’il existe de telles études», déclare la directrice générale de l’ONG Algorithm Watch CH. Mais elle met en doute la fiabilité de ces chiffres. Selon elle, l’étude doit sans cesse recourir à des estimations, car les exploitants des centres de données ne communiquent pas leurs données. «C’est insuffisant pour servir de base à des décisions politiques», ajoute-t-elle.

Mesurer des données réelles

Selon les calculs d’Algorithm Watch CH, cinq centres de données existants ou en projet consommeraient chacun plus d’électricité que l’ensemble de la ville de Schaffhouse (environ 39’000 habitants, soit l’équivalent de La Chaux-de-Fonds). Le campus de Digital Realty à Rümlang (ZH) figure parmi eux.

Cette consommation élevée n’exclut toutefois pas un haut niveau d’efficacité. Pour Matthias Haymoz, de la SDEA, ce fournisseur américain (ndlr: Digital Realty) est même un exemple à suivre. «Selon notre méthodologie, il est prouvé qu’il exploite le centre de données le plus efficace au monde», affirme-t-il.

Les critères SDEA sont plus stricts que les normes du secteur. L’indice PUE couramment utilisé se limite à mesurer la quantité d’énergie directement consommée par les équipements informatiques. La SDEA, elle, va plus loin: elle prend aussi en compte l’efficacité des équipements informatiques, la récupération de la chaleur résiduelle, la consommation d’eau et l’impact climatique de l’électricité.

Digital Realty a obtenu le premier label Platine décerné par la SDEA. «Je me réjouis tout particulièrement qu’ils aient d’abord été certifiés au niveau Argent, mais qu’ils aient souhaité s’améliorer de leur propre initiative», souligne Matthias Haymoz.

Manque de transparence

Matthias Haymoz estime que d’autres exploitants devraient suivre cet exemple. «Mais il est difficile de convaincre le marché de l’intérêt de la certification», explique-t-il. À ce jour, seuls sept centres suisses disposent d’une certification SDEA.

Matthias Haymoz déplore tout particulièrement le manque de transparence du secteur. «Avant, les centres de données existaient sans attirer l'attention», explique-t-il. Personne ne s’y intéressait. Aujourd’hui, ils incarnent l’essor de l’IA et le secteur aurait tout intérêt à dissiper les inquiétudes qu’ils suscitent.

Cela concorde avec le sondage réalisé par Algorithm Watch: quatre personnes sur cinq en Suisse souhaitent obtenir des informations précises sur la consommation énergétique des centres de données. Pour Angela Müller, c’est clair: «La population veut plus de transparence.»

Mais le secteur se montre réticent. Au sein de l’UE, les centres de données sont tenus de publier leurs données énergétiques. Pourtant, seuls 36% des opérateurs respectent cette obligation – et 20% des informations transmises sont inutilisables.

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Première publication: 
26.6.2026
  | Dernière mise à jour: 
29.6.2026
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