Lors d’accords internationaux – sur la protection de la biodiversité ou du climat, par exemple – la Suisse apporte généralement toujours son soutien et figure parmi les progressistes. Mais il y a une lacune dans la mise en œuvre au niveau national. Nous n’avons même pas encore réalisés les objectifs que nous aurions dû atteindre il y a quelques années déjà en matière de zones protégées. C’est une bonne chose que la Suisse s’engage activement au niveau international, mais la mise en œuvre à l’intérieur du pays est tout aussi importante.
Qu’est-ce que cela signifierait pour la Suisse si l’écocide était inscrit dans la loi en tant que crime?
Inscrire l’écocide dans la loi signifierait que la nature serait protégée par le droit pénal. Cette question a été débattue à plusieurs reprises en Suisse ces dernières années, mais a toujours été balayée. Les conséquences seraient immenses. Par exemple, les juges devraient être formés en conséquence pour pouvoir juger ces faits. Je pense néanmoins que c’est l’avenir. Nous sommes un pays libéral sur le plan économique, mais nous devrons changer notre façon de penser. Bien sûr, cela ne résoudrait pas tous les problèmes environnementaux, mais ce serait un signal fort.
Un signal fort pour?
Cela fait 25 ans que je suis active dans la protection des océans et on y parle souvent de changement de valeurs. Notre système axé sur le profit n’est pas viable. Si nous n’abordons pas cette question, il n’y aura pas de changement fondamental. L’écocide doit devenir un sujet majeur. Il me tient également à cœur que le terme devienne connu et que le grand public sache de quoi il s’agit. Que c’est un problème global auquel nous contribuons et dont nous finissons par souffrir.
Avez-vous des exemples concrets d’actions qui pourraient être punies en Suisse en vertu d’une loi contre l’écocide?
L’utilisation de pesticides est un exemple d’écocide potentiel. On sait qu’ils sont directement liés à la disparition de la biodiversité. Dans ce contexte, c’est l’industrie des pesticides qui serait tenue pour responsable, et non ceux qui les utilisent.
Quels sont les pays qui jouent un rôle de modèle dans ce domaine?
La France vient de renforcer sa législation sur l’écocide. C’est difficile, mais faisable. Les pays qui prennent les devants ne font pas tout parfaitement, mais ils montrent l’exemple. Les États du Pacifique Sud sont également très intéressés par cette question, car ils sont directement concernés: leurs pays sont littéralement en train de disparaître. En Suisse, nous ne ressentons pas encore cette menace de manière aussi pressante, nous pouvons encore détourner le regard, mais ces pays ne le peuvent tout simplement pas. Le Parlement européen a également confirmé que ses États membres devaient inscrire l’écocide dans leur législation nationale. C’est un signal fort.
L’écocide concernerait principalement les entreprises, pas les particuliers, n’est-ce pas ?
Les particuliers ne seraient pas concernés, mais les individus occupant des postes de pouvoir le seraient. C’est bien et important que tout le monde fasse quelque chose pour vivre de manière plus durable. Mais cela ne sert à rien si les entreprises et les politiques prennent des risques environnementaux. Cela doit aller de pair. J’espère qu’il n’y aura pas trop de gens qui vont se décourager et cesser d’agir parce que les grandes entreprises et même les gouvernements ne font pas grand-chose. Je suis convaincue que nous devons fixer davantage de limites juridiques. Les activités des grands groupes devraient être examinées et évaluées de manière plus critique.
Vous vous battez depuis 25 ans pour la protection de l’environnement. Vous savez certainement comment garder espoir et rester motivée.
Sortez! Ouvrez vos yeux et vos oreilles et ressentez la beauté de tout ce qui nous entoure et réalisez que nous ne devrions pas mettre cela en péril. Souvent, on se focalise sur les choses qui se détériorent et c’est important, mais c’est l’équilibre qui compte. C’est très important de reconnaître la beauté de la nature afin d’être motivé à agir. De plus, c’est vrai: il n’est pas trop tard. Nous avons perdu certaines espèces animales et certains écosystèmes sont gravement endommagés. Les problèmes environnementaux sont importants. Mais ce que nous avons maintenant, nous pouvons encore le sauver. Le rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat montre également que si nous faisons preuve de courage, de conviction et de constance, nous parviendrons à ne pas faire chavirer le navire. Mais nous devons prendre conscience que des changements massifs sont nécessaires. Il est important que les gens sachent qu’il y a de l’espoir. Enfin, une chose est bien sûr essentielle: allez voter!
Votre pétition a encore une bonne année devant elle. Quelle serait la meilleure chose qui pourrait en résulter?
Que la Suisse s’engage à inscrire l’écocide dans sa législation en formant un groupe de travail parlementaire chargé d’examiner comment cette inscription pourrait être mise en œuvre. Ce serait un énorme pas en avant.