En 2023, quelque 57 millions de paires de chaussures ont été produites spécifiquement pour le marché suisse. Statistiquement, chaque habitant achète en moyenne six nouvelles paires par an. Mais cette envie d’être tendance au quotidien n’est pas sans conséquences pour l’environnement. La fabrication d’une paire de sneakers conventionnelles génère jusqu’à 14 kg de CO₂, soit l’équivalent d’environ 100 kilomètres en voiture. Malgré un coût écologique croissant, l’engouement ne faiblit pas, entretenu par une industrie et une culture de la consommation qui ont depuis longtemps réinventé la chaussure de sport.
La tendance sneakers saisonnière, un coloris en édition limitée ou la dernière collaboration avec une pop star: sur les réseaux sociaux, l’actualité des baskets s’impose à nous presque chaque jour. Rares sont les articles de mode à osciller autant entre objet culte et produit de grande consommation. Ce qui était autrefois une chaussure de sport fonctionnelle est aujourd’hui à la fois objet de lifestyle, symbole de statut social et pièce de collection.
Si les t-shirts, jeans et robes sont depuis longtemps sous le feu des critiques dans le contexte de la fast fashion, les baskets passent souvent sous les radars. Pourtant, les sneakers font partie intégrante de notre quotidien. À chaque pas, nous marchons littéralement aux dépens de la planète.
Matériaux complexes, recyclage difficile
Le problème central réside dans leur composition. Les sneakers modernes nécessitent jusqu’à 30 matériaux différents par chaussure: matières synthétiques, caoutchouc, mousses, textiles, cuir, métal et colles chimiques sont associés pour former des couches complexes. Cette diversité de matériaux rend la séparation des composants et le recyclage quasiment impossibles.
À cela s’ajoute le fait que beaucoup de ces matériaux sont traités avec des produits chimiques particulièrement agressifs. Avec, à la clé, des risques pour la santé des ouvriers et ouvrières, mais aussi pour l’environnement, car ces substances se retrouvent également dans les eaux usées.
Chaînes d’approvisionnement mondiales et forte consommation de ressources
La fabrication des sneakers se caractérise par des chaînes d’approvisionnement longues et opaques. Extraites aux quatre coins du monde, les matières premières sont usinées et assemblées dans différents pays pour créer des produits finis, dans des conditions de travail difficiles. Du design au rayon chaussures, l’empreinte écologique ainsi générée est considérable.
Dans un même temps, la demande est alimentée par un changement rapide de la tendance. De nouveaux modèles, coloris et éditions sortent tous les mois; les anciens sont mis au placard et finissent, dans le pire des cas, à la poubelle alors qu’ils pourraient souvent être portés encore longtemps.
Les sneakers, miroir de nos habitudes de consommation
La basket est bien plus qu’un simple accessoire de mode. Elle illustre parfaitement une culture de consommation fondée sur la vitesse, l’interchangeabilité et la nouveauté permanente. Cet objet durable du quotidien est devenu un article de mode éphémère – acheté pour la prochaine hype et remplacé lors du prochain drop. Et ce, aux dépens des êtres humains et de l’environnement.
Vers une consommation plus responsable
La prise de conscience en faveur d’alternatives plus durables progresse: les designs plus durables, les modèles réparables et les premières initiatives de recyclage des fabricants montrent qu’une évolution des mentalités est possible. Si une grande part de la responsabilité incombe à l’industrie, nous pouvons nous aussi, en tant que consommatrices et consommateurs, contribuer au changement par nos décisions d’achat et notre rapport à la fast fashion, y compris pour les chaussures.
Ce changement commence souvent par l’entretien: opter pour un nettoyage professionnel ou faire appel à un cordonnier peut considérablement prolonger la durée de vie de vos paires préférées. Pour celles et ceux qui souhaitent acheter des chaussures neuves en veillant à l’empreinte écologique, les labels textiles reconnus ainsi que les marques qui misent résolument sur la transparence et les matériaux favorisant l’économie circulaire constituent de bonnes références. Se tourner vers des modèles de seconde main ou des plateformes de revente spécialisées est meilleur marché et réduit de moitié l’empreinte écologique d’une chaussure.
En voyant ses sneakers comme un accessoire durable plutôt qu’un produit jetable, nous pouvons toutes et tous faire un pied de nez à la fast fashion. En regardant nos chaussures, on voit à quel point style, responsabilité et conscience environnementale sont étroitement liés, et que le chemin vers une consommation durable commence parfois juste à nos pieds.