Lorsqu’on explore les plus petites particules de matière, on entre dans un monde régi par ses propres lois. C’est comme un univers à part, composé de bulles de savon multicolores qui scintillent, dansent à l’unisson et s’effondrent aussitôt sur elles-mêmes. Il ne faut surtout pas les toucher. Et pourtant, ce monde fugace et instable pourrait bien être prédestiné à résoudre les tâches les plus complexes.
Lukas Bischof a étudié l’informatique à la ZHAW de Winterthour et s’est progressivement frayé un chemin dans le monde quantique. Dans son mémoire de master, qu’il a terminé cet été, il a pu démontrer par ses propres moyens ce sur quoi de grandes entreprises technologiques travaillent depuis un certain temps déjà: les ordinateurs quantiques surpassent déjà les superordinateurs traditionnels pour certaines tâches de calcul.
Arrivée dans la pratique
«En matière de reconnaissance de formes, l’ordinateur quantique était non seulement plus rapide, mais il avait aussi besoin de moins de données», explique Lukas. En même temps, il admet: «Les ordinateurs quantiques n’en sont pas encore au point de pouvoir résoudre de manière fiable un large éventail de problèmes par eux-mêmes.» Il est convaincu qu’une répartition des tâches entre ordinateurs traditionnels et quantiques restera nécessaire à l’avenir.
Mais qu’est-ce qui rend les ordinateurs quantiques plus rapides? Au lieu de bits, les ordinateurs quantiques utilisent des bits quantiques, appelés qubits. Alors que les bits peuvent prendre la valeur 0 ou 1, les qubits peuvent aussi adopter toutes les valeurs intermédiaires. Cet état, appelé superposition, permet aux ordinateurs quantiques d’effectuer plusieurs opérations de calcul simultanément, tandis que les ordinateurs traditionnels procèdent étape par étape.
Encore beaucoup de recherche nécessaire
«Actuellement, la programmation des ordinateurs quantiques en est à peu près là où l’on se trouvait dans le domaine du machine learning il y a dix ans», explique Kurt Stockinger, qui enseigne l’informatique et la science des données à la ZHAW et à l’Université de Zurich. Il a supervisé le travail de Lukas en collaboration avec Rudolf Füchslin et Pavel Sulimov de la ZHAW.
«Nous en savons encore beaucoup trop peu sur les approches de programmation les plus adaptées à chaque situation», explique Kurt Stockinger. Il souhaite que davantage de recherches soient menées dans le domaine des logiciels.
Lukas souligne également que le monde particulier de la physique quantique est parfois bien éloigné de notre univers logique et rationnel: «Lorsque je programme, je dois sans cesse me familiariser avec de nouveaux concepts.» Néanmoins, le monde quantique le fascine. Il a déjà publié un article dans la prestigieuse revue scientifique Nature Scientific Reports et envisage de poursuivre un doctorat.

