Le langage contribue à rendre la réalité tangible, c’est certain. Prenons, par exemple, le terme de «bain de forêt». Autrefois, on allait faire une promenade en forêt, alors qu’aujourd’hui, on réalise un bain de forêt. Peu connu dans les pays francophones il y a encore quelques années, cette expression a aujourd’hui su s’imposer. N’y a-t-il toutefois pas une différence entre se balader en forêt et réaliser consciemment un bain de forêt? Au-delà du terme, c’est l’expérience qui change. Lors d’un bain de forêt, on perçoit les odeurs et les bruits de manière plus consciente, alors que durant une promenade traditionnelle, on aurait peut-être tendance à évoluer dans la forêt comme sur un terrain conquis, sans y prêter attention.
Le langage influe donc sur nos expériences. C’est pourquoi cela ne peut pas faire de mal d’apprendre quelques nouveaux termes. Vous qualifieriez-vous par exemple de «biophile»? Après avoir appris ce que cela signifie, peut-être que oui…
1. Biophilie
Ce terme a été rendu célèbre par le psychanalyste Erich Fromm. Selon lui, la biophilie est «l’amour passionné de la vie et de tout ce qui vit». Il peut s’agir d’êtres humains, mais aussi de végétaux ou d’animaux. Pour Erich Fromm, la biophilie est innée chez l’homme, et, par conséquent, ce dernier possède le désir de se sentir lié à la nature et d’intégrer ce lien dans sa propre vie.
2. Shinrin-yoku (bain de forêt)
Peut-être connaissez-vous déjà l’équivalent francophone de shinrin-yoku, terme japonais qui veut dire «prendre un bain dans l’atmosphère de la forêt». Selon le dictionnaire, «bain de forêt» signifie «séjourner consciemment dans la forêt dans le but de se détendre et de méditer». Plusieurs études prouvent que le bain de forêt a effectivement un effet positif sur le corps et le psychisme. Dans certains pays, la sylvothérapie est même reconnue comme une forme de thérapie.
3. La solitude en forêt
Le terme de «solitude en forêt», peu courant en français, s’apparente fortement au bain de forêt. Pourtant, il existe bel et bien et évoque, d’après le dictionnaire, l’«isolement de la forêt». L’existence de ce mot prouve également que l’isolement en forêt est ressenti comme différent de celui que l’on pourrait rencontrer dans un autre lieu. C’est peut-être aussi grâce au sentiment de solitude que l’on retrouve en forêt que le bain de forêt peut représenter une expérience aussi particulière.
4. Pétrichor
Connaissez-vous l’odeur qui se dégage lorsque la pluie tombe sur la terre sèche? C’est une senteur que beaucoup aiment et qui porte le nom de pétrichor. Elle ne surgit pas de nulle part, mais sous l’effet des microbes du sol qui la libèrent lorsque la pluie touche la terre. Donc, la prochaine fois que vous irez prendre un bain de forêt et qu’il se mettra à pleuvoir, vous pourrez nommer ce que vous sentez: «Hmmm, pétrichor!»
5. Psithurisme
Ce mot décrit un bruit que nous connaissons tous: le bruissement des feuilles lorsque le vent passe à travers les arbres. En anglais, pas besoin d’une phrase entière pour nommer ce type particulier de son, un seul mot suffit: psithurism.
6. Dark Sky Place
Comme le terme français sonnait un peu faux, on s’est accordé au niveau international sur la terminologie anglaise. «Dark Sky Place» décrit un «lieu sans pollution lumineuse». En raison de l’extension urbaine, la pollution lumineuse augmente. Les sites qui émettent peu ou pas de lumière la nuit et offrent ainsi une vue dégagée sur les étoiles sont de plus en plus rares. Il n’est donc pas étonnant que le secteur du tourisme s’intéresse également à ces endroits. Le «noctourisme» est aujourd’hui tendance et désigne le tourisme dirigé vers les Dark Sky Places.
7. Solastalgie
Un nouveau terme pour une nouvelle expérience! La solastalgie, mot inventé en 2005 par le philosophe de la nature Glenn Albrecht, décrit, selon l’Institut de psychologie climatique, la «tristesse et le sentiment de perte qui peuvent survenir lorsque l’on voit son propre environnement se transformer en raison du changement climatique. Parfois, des émotions telles que la colère et la peur sont également associées à la solastalgie». La solastalgie – souvent appelée anxiété climatique par les médias – est un phénomène à prendre au sérieux, puisqu’au cours d’une enquête internationale menée auprès de 10'000 jeunes, 84% des personnes interrogées ont déclaré être préoccupées par le changement climatique, 59% se disant même très ou extrêmement inquiètes. Plus de la moitié d’entre elles se sentaient tristes, anxieuses, en colère, impuissantes ou coupables. Environ 45% ont affirmé que le changement climatique avait un impact négatif sur leur vie quotidienne.
