La protection de l’environnement et le changement climatique font partie des préoccupations premières de la population suisse – juste après les coûts de la santé et la prévoyance vieillesse. «Nous sommes aujourd’hui dans une situation d’urgence», avertit Sonia Seneviratne, professeure à l’EPFZ. Si nous n’agissons pas rapidement, le risque de phénomènes météorologiques extrêmes, à l’instar des inondations et des sécheresses, augmentera massivement.
Mais malgré l’urgence, la politique suisse avance lentement sur les questions climatiques. Entre les élections fédérales de 2019 sur fond de mobilisation écologique et celles qui ont suivi en 2023, seule une intervention sur cinq portant sur cette thématique a été adoptée.
Résoudre les blocages politiques
«Nous travaillons pour que la manière de faire de la politique change», explique Pascal Müller-Scheiwiller. Ce jeune homme de 34 ans est le cofondateur et le codirecteur d’Expédition Futur, une organisation, soutenue au départ par le Fonds pionnier Migros, qui veut donner un coup de pouce à la politique et accélérer ses processus.
L’idée fondatrice d’Expédition Futur repose sur le constat que les politiques ont certes beaucoup d’idées, mais qu’il leur manque les processus pour les mettre rapidement en œuvre. Le paysage politique se polarise d’ailleurs de plus en plus, les parlementaires s’éloignant toujours davantage les uns des autres sur le plan idéologique. Dans un même temps, il y a de plus en plus de sujets auxquels il est urgent d’apporter des réponses, comme le changement climatique, la prévoyance vieillesse ou le système de santé.
«Faire entrer le système dans une pièce»
Le politologue Pascal Müller-Scheiwiller a développé avec Paolo Marioni, un expert en design de processus, une méthode qui devrait apporter une réponse à ce problème: le Policy Sprint. «Nous suivons le principe Bring the System in a Room», explique Pascal Müller-Scheiwiller.
Lors d’un Policy Sprint, 30 à 35 personnes issues du monde politique, des ONG, de l’administration, de la science et de l’économie élaborent durant près de deux jours des mesures qui peuvent être formulées sous la forme de réponses à des questions prédéfinies, susceptibles d’être présentées au Parlement et approuvées par la majorité. La démarche au cœur du processus consiste à éclairer les interventions politiques sous tous les angles, avant que les choses ne deviennent sérieuses et qu’il y ait un dépôt au Parlement. Il s’agit ainsi de minimiser le risque que les interventions soient ensuite rejetées.
«Des forces constructives dans tous les partis»
«Les thèmes nous sont soumis, précise Pascal Müller-Scheiwiller. Et, en tant qu’organisation politiquement neutre, nous ne faisons que mettre le processus à disposition.» Le premier Policy Sprint avait pour thème le climat et la mobilité: comment faire pour que les transports helvétiques soient climatiquement neutres d’ici 2050? L’élaboration de mesures concrètes a émané de parlementaires de presque tous les partis, mais aussi d’autres acteurs de ce domaine, comme Jürg Röthlisberger, directeur de l’Office fédéral des routes, et Carl von Holly-Ponientzietz, activiste climatique. «Chacun apporte ses connaissances sur le sujet, selon son domaine d’expertise et sa sensibilité», note Pascal Müller-Scheiwiller. Il est important pour lui de souligner que les participants peuvent avoir des opinions totalement différentes, mais doivent en revanche avoir la volonté de travailler de manière constructive.
Face à la montée du populisme en politique, peut-on vraiment toujours être constructif? «Contrairement à ce que suggère l’émission Arena de la SRF, il existe de nombreuses forces constructives en politique, et ce dans tous les partis», répond Pascal Müller-Scheiwiller. Pour que cela fonctionne, des politiciens d’au moins quatre partis, des Verts à l’UDC, doivent participer au Policy Sprint.
Interventions en faveur de transports neutres pour le climat
Les discussions du premier Policy Sprint sur la neutralité climatique des transports ont porté leurs fruits, puisque des politiciens de différents partis ont déposé trois interventions au Parlement, qui ont toutes été transmises au Conseil fédéral.
Outre ce Policy Sprint, Expédition Futur a également organisé des ateliers ayant pour thèmes la place financière respectueuse du climat, l’avenir durable de l’intelligence artificielle et, plus récemment, dans le cadre d’un mandat de l’EPF, l’élimination du CO2. Sur les neuf interventions déposées au Parlement dans le cadre des Policy Sprints, six ont été transmises au Conseil fédéral, deux ont été rejetées et une est encore en suspens. «C’est un bon bilan par rapport au taux d’acceptation habituel des interventions», déclare Pascal Müller-Scheiwiller. Selon lui, Expédition Futur mise plus sur la qualité que sur la quantité des interventions.
Plus de coopération politique souhaitée
Dans quelle mesure une organisation comme Expédition Futur peut-elle résoudre les problèmes liés à notre époque? Son influence est certes limitée, mais elle peut montrer que la politique ne doit pas toujours résulter d’un conflit agité, mais peut aussi avancer sans faire de bruit. Avec cette démarche, Expédition Futur touche une corde sensible, puisque, selon le baromètre des chances, plus de 80 % de la population suisse souhaite une meilleure collaboration entre les partis politiques.
