Moritz Futscher et Abdessalem Aribia, deux chercheursdu Laboratoire fédéral d’essai des matériaux et de recherche (Empa),s’apprêtent à révolutionner la technologie des batteries. Ils ont développé,sous le nom de BTRY, un support énergétique aussi fin qu’une feuille de papier.Interview.
Votre start-up, BTRY, fait beaucoup parler d’elle.Quelle est son originalité?
Moritz Futscher (MF): Aujourd’hui, il existeprincipalement deux types de batteries. D’une part les batteries lithium-ion,qui peuvent stocker beaucoup d’énergie, mais qui ne se rechargent que lentement(il faut quelques dizaines de minutes pour les remettre en état de marche), d’autrepart les supercondensateurs, qui peuvent être chargés en quelques secondes,mais qui stockent que peu d’énergie. Avec nos produits, nous œuvrons pourcombiner ces deux qualités.
Comment y parvient-on?
Abdessalem Aribia (AA): En misant sur des couches dematériaux ultrafines et en supprimant les liquides, qui sont toujours présentsdans les batteries actuelles. Celles-ci sont composées d’une anode et d’unecathode, deux couches nécessaires pour le stockage de l’énergie. Un électrolyteliquide permet aux ions de circuler dans les deux sens. Mais ce dernier estsensible à la température et peut brûler. C’est pourquoi nous remplaçons celiquide par un corps solide, qui garantit une plus grande sécurité et desdensités d’énergie plus élevées.
Les liquides ne sont-ils pas de meilleurs conducteurs?Comment compenser avec un solide?
AA: En utilisant des méthodes de fabrication issues dela production des puces informatiques et d’autres secteurs industriels. Concrètement,nous avons recours à des couches extrêmement fines, d’une épaisseur de quelquesmillièmes de millimètres à peine. A cette échelle, il est possible de fairepasser les ions à travers, même si tout est solide.
Où en êtes-vous actuellement?
MF: Nous sommes en plein développement de produits, enpleine mise à l’échelle. Au cours des six derniers mois, nous avons multiplié notretaille par 1000 et accéléré la vitesse de fabrication par 10. Nous vendons déjàles premiers prototypes à d’autres fabricants de batteries.
Où votre batterie sera-t-elle utilisée?
MF: Elle est particulièrement adaptée aux applicationsqui nécessitent à la fois de l’énergie et de la puissance. Pour l’heure, nousavons commencé avec des capteurs. Plus tard, nous pourrions envisager desappareils médicaux implantables en raison du temps de charge rapide. Enfin,nous visons l’industrie du divertissement, comme les téléphones et ordinateurs portables,ou les montres.
Qu’en est-il de l’industrie automobile?
MF: C’est un marché intéressant, mais aussi trèsconvoité. La plupart des entreprises qui proposent des batteries s’yprécipitent.
Vous y renoncez donc pour des raisons stratégiques?
MF: Oui. Les batteries de voiture sont très axées surle prix. Elles représentent une part significative du coût du véhicule. Pour l’instant,nous cherchons des applications pour lesquelles le prix de la batterie nereprésente qu’une petite fraction du coût total du produit.
Qu’en est-il de la durabilité de votre produit?
AA: Je dirais qu’elle est très bonne! Nous disposonsde deux grands avantages… Premièrement, la technologie de nos batteries leurpermet de tenir jusqu’à dix fois plus longtemps que les versions actuelles, cequi signifie qu’il faut moins les remplacer. Deuxièmement, nous utilisons desprocessus de fabrication écologiques et n’avons pas recours à des solvantstoxiques.
Vous n’êtes pas les seuls à rechercher de nouvellestechnologies pour les batteries. Unbound Potential, une start-up de Thalwil(ZH), affirme avoir trouvé un élément essentiel dans le processus d’évolutionénergétique, mais travaille avec des liquides. Qui a une longueur d’avance surl’autre?
AA: J’espère que nous sommes tous les deux en avance!Je pense que l’innovation technologique est importante pour la Suisse et qu’ilfaut travailler ensemble pour ne pas se laisser distancer. De plus, nosbatteries visent des applications différentes. S’agissant de l’électroniqueportable et des capteurs, notre technologie offre des avantages évidents. Enrevanche, si l’on a besoin de grands réservoirs d’énergie qui ne sont pasdéplacés, la technologie d’Unbound Potential est moins chère et mieux adaptée.